En mars 2026, la Banque d'Angleterre a annoncé une décision historique : la prochaine série de billets (Series H) mettra en scène des animaux sauvages natifs du Royaume-Uni aux côtés du roi Charles III. Suite à une consultation publique de 44 000 personnes, 60 % des répondants ont préféré un thème nature aux figures historiques. Pour la première fois en plus de cinquante ans, aucune figure historique n'apparaîtra au verso des billets britanniques. Cette décision — qui peut sembler anecdotique — est en réalité révélatrice d'une évolution profonde dans la façon dont une nation choisit de se raconter à travers sa monnaie.
Une tradition vieille de trois siècles
Depuis 1694 et la création de la Banque d'Angleterre, la livre sterling porte le visage du monarque régnant. C'est une constante absolue — rois, reines, régents se sont succédé sur les billets et les pièces, mais la tradition monarchique n'a jamais été remise en question. La monnaie britannique est l'une des rares au monde à avoir maintenu cette continuité dynastique sans interruption.
Avec l'avènement du roi Charles III en septembre 2022, une nouvelle série de billets devait nécessairement être mise en circulation. Et c'est là que la Banque d'Angleterre a fait un choix original : plutôt que de simplement remplacer le portrait d'Élisabeth II par celui de Charles III au recto, elle a profité de cette transition pour introduire une nouvelle symbolique au verso — des animaux emblématiques des territoires britanniques.
Les animaux choisis — une sélection symbolique
Le choix des animaux n'est pas anodin. Suite à une consultation publique, un jury d'experts en faune britannique a établi une liste de 18 candidats parmi lesquels le public est invité à voter : le dauphin commun, le macareux moine, le saumon atlantique, le lièvre brun, la chouette effraie, le requin pèlerin, le hérisson, le martin-pêcheur, ou encore le phoque gris. Tous sont natifs des îles britanniques — les animaux domestiques étaient explicitement exclus de la sélection.
Une monnaie qui prend position
C'est peut-être là le geste le plus significatif. En choisissant des animaux sauvages — dont certains sont menacés ou en voie de rétablissement au Royaume-Uni — la Banque d'Angleterre fait plus que décorer ses billets. Elle inscrit dans la monnaie nationale une valeur : la relation entre l'homme et la nature, la responsabilité envers la biodiversité, l'attachement à un territoire vivant.
D'autres pays ont emprunté cette voie. Le Canada célèbre ses animaux sauvages sur ses pièces depuis des décennies — le castor sur le 5 cents, le caribou sur le dollar, le huard sur le dollar doré. L'Australie représente le kangourou et le platypus sur ses pièces. Mais la livre sterling, avec sa tradition monarchique immuable, donnait l'impression d'être au-dessus de ce type d'expérimentation. Le pas franchi est donc d'autant plus remarquable.
Chaque choix iconographique sur un billet est une décision politique et culturelle. Ce qu'une nation met sur sa monnaie dit ce qu'elle veut être, ce dont elle est fière, ce qu'elle juge digne de traverser le temps. La livre sterling avec ses animaux sauvages est un signal discret mais puissant : le Royaume-Uni du XXIe siècle veut réconcilier son héritage monarchique avec une conscience environnementale moderne. Une petite révolution dans un pays qui en a si peu dans ses traditions monétaires.
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