Les femmes représentent environ 11 % des traders Forex professionnels et moins de 20 % des investisseurs particuliers actifs en bourse. Ces chiffres masquent pourtant une réalité paradoxale : les études montrent de façon constante que les femmes obtiennent de meilleurs rendements que les hommes sur les marchés financiers à long terme. Et dans certaines régions du monde — notamment en Asie — elles ont même façonné les marchés de change à leur image, au point de faire bouger les devises mondiales.
Les Mrs. Watanabe — quand les femmes au foyer japonaises font trembler le yen
C'est l'un des phénomènes les plus fascinants de l'histoire récente du Forex. Dans les années 2000, face à des taux d'intérêt japonais proches de zéro depuis une décennie, les ménages japonais cherchent désespérément un moyen de faire fructifier leur épargne. Les banques ne rapportent presque rien. Et ce sont les femmes — traditionnellement gestionnaires des finances du foyer dans la culture japonaise — qui trouvent la solution : investir en devises étrangères depuis leur domicile.
Les traders internationaux les surnomment les "Mrs. Watanabe" — Watanabe étant l'un des noms de famille les plus communs au Japon, l'équivalent de "Madame Dupont". Armées de plateformes de trading en ligne accessibles depuis leur ordinateur familial, elles se lancent massivement dans le carry trade — empruntant des yens à taux quasi nul pour les placer dans des devises à haut rendement comme le dollar australien ou le dollar néo-zélandais.
Leur volume collectif devient si considérable que les analystes de Wall Street et de la City de Londres commencent à les surveiller comme un indicateur de marché à part entière. Certains jours, les positions des investisseurs particuliers japonais — majoritairement féminins — représentent une fraction significative des transactions sur certaines paires de devises. Les Mrs. Watanabe ont littéralement influencé les mouvements du yen.
Des équivalents partout dans le monde
Le phénomène japonais n'est pas isolé. Dans d'autres cultures et contextes économiques, des dynamiques similaires ont émergé.
Pourquoi les femmes investissent mieux — les chiffres
Plusieurs études menées par Fidelity, Warwick Business School et Vanguard arrivent à la même conclusion : sur des horizons de plusieurs années, les portefeuilles gérés par des femmes surperforment ceux gérés par des hommes — en moyenne de 1 à 2 % par an. Ce n'est pas anecdotique : 1 % de rendement supplémentaire par an pendant 20 ans représente une différence de patrimoine considérable.
Les chercheurs pointent plusieurs facteurs. Les femmes tradent moins fréquemment — ce qui réduit les frais de transaction et les erreurs liées à l'excès d'activité. Elles sont moins sujettes au biais de surconfiance — ce phénomène psychologique qui pousse à surestimer ses propres capacités d'analyse et à prendre des risques excessifs. Un trader surconfiant va trader trop fréquemment, croire qu'il "sait" où va le marché, et sous-estimer les risques de ses positions. Les études montrent que plus on trade, plus on perd en moyenne — et les hommes tradent en moyenne deux fois plus souvent que les femmes. Enfin, les femmes adoptent plus facilement une vision de long terme, moins sensible aux fluctuations à court terme.
Pourquoi si peu de femmes investissent encore
Si les femmes investissent mieux en moyenne, pourquoi sont-elles encore si peu nombreuses à le faire en Occident ?
Les pionnières qui ont ouvert la voie
Hetty Green (1834-1916) — surnommée "la sorcière de Wall Street", elle fut l'une des premières femmes à spéculer en bourse pour son propre compte aux États-Unis, à une époque où les femmes n'étaient même pas admises sur le parquet de la Bourse. Lisant les nouvelles financières dès l'âge de 6 ans, elle bâtit une fortune colossale estimée à plus de 100 millions de dollars — l'équivalent de plusieurs milliards aujourd'hui — en investissant dans les chemins de fer, l'immobilier et les obligations, avec une discipline de fer et une approche à contre-courant qui préfigure l'investissement valeur moderne. Sa personnalité reste paradoxale : génie financier incontestable, pionnière féministe avant l'heure, mais aussi figure d'une avarice légendaire qui a terni sa réputation.
Geraldine Weiss (1926-2022) — "la Grande Dame des Dividendes". Dans les années 1960, aucune société de Wall Street ne voulait l'embaucher comme analyste — on lui proposait uniquement des postes de secrétaire. Qu'à cela ne tienne : elle lance en 1966 sa propre newsletter d'investissement, Investment Quality Trends, en publiant sous un nom neutre pour contourner les préjugés. Ce n'est que plusieurs années plus tard, quand sa réputation est solidement établie, qu'elle révèle être une femme. Elle a popularisé l'utilisation du rendement des dividendes comme outil de valorisation des actions — une approche qui reste aujourd'hui une stratégie de référence.
Muriel Siebert (1928-2013) — en 1967, après onze refus successifs, elle devient la première femme à détenir un siège à la Bourse de New York. Elle y restera seule pendant dix ans.
Abigail Johnson, PDG de Fidelity Investments, gère aujourd'hui l'un des plus grands gestionnaires d'actifs mondiaux.
Cathie Wood, fondatrice d'ARK Invest, est devenue l'une des voix les plus influentes sur l'investissement dans les technologies disruptives.
Christine Lagarde, ancienne directrice du FMI et présidente de la BCE, incarne au plus haut niveau la place des femmes dans la gouvernance financière mondiale.
Et les Mrs. Watanabe anonymes, depuis leurs foyers de Tokyo ou d'Osaka, ont à leur façon contribué à écrire l'histoire du Forex mondial.
Commencer tôt, même avec de petites sommes, comprendre les mécanismes de base des devises et des marchés, diversifier ses placements — ce sont des compétences accessibles à tous et particulièrement précieuses pour les femmes, dont la durée de vie statistiquement plus longue rend la préparation financière encore plus importante. Les Mrs. Watanabe l'ont compris avant beaucoup d'autres.
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